
Ce travail est l’aboutissement d’une réflexion portée sur l’espace urbain en centre-ville et particulièrement sur les centralités émergentes (centres d’agglomération) qui modifient la configuration de certains quartiers. C’est le cas de la ZAC Nancy Grand cœur, qui fait actuellement l’objet d’un plan d’aménagement de l’architecte Jean Marie Duthilleul.

Les nouvelles centralités occupent un espace beaucoup plus complexe, plus vaste, plus hétérogène, plus ambigu, aux contours souvent flous. C’est l’espace de l’entre_deux, l’espace directement connecté aux réseaux qui fragmentent l’espace proche pour se lier au lointain. Ces espaces hétérogènes, résiduels parfois congestionnés, sont ou ont été souvent maltraités.
L’enjeu du projet architectural et urbain que l’on se propose de faire dans un site sensible aux forts potentiels reconnus.
Ainsi, le rôle de l’architecture est de rendre lisibles et visibles ces étendues et de leur conférer un réel statut de rotule urbaine, d’articulation, de recréer le contact et la proximité là où elle ne l’était plus. Elle doit conserver ou retrouver une dimension humaine et quotidienne aux travers de lieux communs, de parcours, de seuils permettant une évolution progressive et séquentielle des sphères publiques aux sphères privées. Le projet insistera donc sur les notions de proximité, d’urbanité et d’intimité, qu’elles soient intérieures ou extérieures. Il s’agira de proposer une réflexion sur la centralité et sur la verticalité à travers un projet de place et d’hôtel.
J’ai choisi de travailler sur le secteur de la place de la République pour plusieurs raisons :
Tout d’abord car il me semblait intéressant de compléter cet espace central du secteur gare.
Ensuite, car cet espace intermodal, d’échanges et de passage présente des opportunités en terme de transition, de par sa topographie ; topographie qui allait être à mon sens l’enjeu du projet architectural et urbain et le moyen de le relier aux autres espaces.
Malgré ses caractéristiques, ses potentialités, la place de la République m’apparaît être un espace résiduel qu’il est nécessaire d’articuler pour lui donner un réel statut de place, au sein d’une organisation plus large d’espaces publics en cœur d’agglomération et en lien avec les bâtiments environnants.
Pour ces raisons, je me suis fixée plusieurs objectifs :
_Densifier le site
_S’implanter en cohérence avec le projet de Jean-Marie Duthilleul
_Respecter les alignements avec les îlots existants et les axes structurants
_Redonner une façade à la place de la République et lui conférer un réel statut de place publique tout en conservant les transitions, les flux et les usages actuels
Ma démarche a été de réfléchir non seulement à l’espace construit mais aussi à l’espace évidé pour structurer un projet en rapport avec la topographie et la morphologie du site.


Je suis partie de la volonté de créer une continuité à la fois horizontale et verticale.
-1 socle qui est :
Un élément de transition topographique
Un élément qui accueille des fonctions et des usages
Une assise à la verticalité
- 1 marche urbaine qui permet :
Une place haute qui assure la continuité avec les flux de l’avenue Foch
Une place basse qui s’inscrit dans la place de la République
- 1 tour qui est
Un élément vertical urbain fort qui dialogue avec les éléments verticaux existants (tour Thiers, tour Kennedy, tour Joffre)
- 1 dynamique
grâce à laquelle l’architecture horizontale se déroule pour créer la verticalité
- 1 enveloppe
telle une protection elle permet à l’architecture d’être à la fois surface et enveloppement.

Le diagramme qui suit nous montre la répartition des espaces au sein du projet.
- Une distribution verticale, sur laquelle se connecte un noyau essentiel : les espaces d’accueil et de réception

- Des salons qui sont la continuité naturelle des circulations horizontales et qui s’enroulent autour d’un axe vertical.

- Des espaces d’activité et de convivialité contenus à la fois à la base du projet comme à son extrémité.
- Des espaces techniques et des parkings.

- Des espaces d’intimité : les chambres qui s’enroulent autour des salons et par conséquent se déroulent suivant le même axe vertical.

- Une enveloppe : une résille qui prend racine depuis le noyau pour se déployer tant sur la verticalité que sur l’horizontalité.

La mise en relation de ses espaces prolonge la dynamique urbaine en une dynamique architecturale ;
Présentation des plans architecturaux
Plan masse
Le niveau de référence est celui de l’avenue Foch.
Le niveau R-1 permet l’accès au bâtiment depuis deux entrées.
Au carrefour des avenues Foch et Mazagran, le socle évidé forme un creux éclairé par le patio. Il appelle le passant et l’invite à pénétrer dans le bâtiment. Ce porche marque un premier seuil qui se poursuit par une galerie, sas d’entrée vitré le long du patio. Passé ce premier filtre, l’usager arrive dans le hall d’accueil où l’espace semble se dilater tant dans sa largeur le long du patio, que dans sa hauteur sur deux niveaux. L’espace du hall Ce premier hall se caractérise par sur Arrivé sous ce porche, on emprunte une galerie vitrée sur le patio qui mène au hall d’accueil. Cet espace est traité de façon Après avoir longé Il arrive dans un ainsi permet l’accès , ou depuis la rue Mazagran à l’espace principal d’accueil qui se connecte soit à l’espace de remise en forme que nous venons de voir, soit aux niveaux supérieurs de l’hôtel.
Au niveau R-2, sous la place de la République, les espaces d’activité se déroulent autour de plusieurs patios. La piscine, l’espace spa autour du patio principal, et des salles de sport et de remise en forme autour de deux autres patios. Un espace de convivialité, bar/détente représente le noyau autour duquel s’articule l’ensemble de ces fonctions et auquel on accède depuis le niveau R-1. La structure de cette base est composée de voiles de béton qui rythment tant les parcours que les espaces.
Le niveau rez de chaussée est lui accessible depuis l’avenue Foch, par une esplanade qui prend le statut de place haute, et de marche urbaine, car elle assure la transition avec la place de la République en contrebas. Un espace d’expositions temporaires et le hall d’accueil se répartissent autour du patio.
Le niveau R+1 permet à ces espaces de bénéficier d’une double hauteur et accueille les bureaux de l’administration.
C’est à partir de ce niveau que l’on progresse verticalement en se détachant du socle.
Je reviendrai par la suite sur les plans des chambres ;
La coupe sur le hall nous montre la répartition des espaces d’accueil et d’activité autour de deux patios : Ces deux patios prennent naissance dans le socle et représentent des puits d’air et de lumière autour desquels s’articulent les fonctions.
Le patio principal symbolise à la fois la connexion visuelle avec la place de la République, la transition topographique entre les différents niveaux, et l’assise de l’édifice. Cet espace riche et inédit est un espace partagé et ouvert sur la ville qui relie les différents programmes et activités.
Les espaces d’accueil et de réception en jaune caractérisent clairement la continuité du cheminement depuis la rue, dans et à travers la tour, de façon séquentielle. Au fur et à mesure des étages se déroulent autour du noyau de circulation vertical, les espaces d’intimité (chambres) et les espaces de détente (salons) pour aboutir au bar et restaurant des trois derniers niveaux, et sur l’attique à une terrasse panoramique. Le dispositif spatial consiste à séparer les fonctions de manière séquentielle tout en les reliant au moyen d’une trajectoire commune qui fait apparaître un espace collectif autorisant des interactions entre les divers utilisateurs du bâtiment.
Le dispositif se traduit en une dynamique d’enroulement et de déroulement se retrouve également dans l’agencement des plateaux, et dans le dessin des chambres et des suites. Les espaces d’intimité sont structurés autour de vides (double hauteur) ou d’espaces collectifs (salons).
Cette logique se poursuit dans l’intérieur des chambres, où les espaces se déploient autour de patios. Ce dispositif spatial est permis par une structure poteaux poutres.
La résille permet de poursuivre le travail de relation entre l’intérieur et l’extérieur. Cette enveloppe agit comme un filtre protecteur qui génère des jeux d’ombres et de lumière au fur et à mesure de la journée et des cadrages sur la ville depuis les différents espaces.

Décollée de la façade, elle dessine le vide de l’entre deux, tel un coussin d’air, une respiration qui file et enveloppe les parois vitrées de l’édifice.

Cette architecture contextuelle puise ses forces dans son urbanité. Grâce à un dispositif spatial simple et dynamique, prenant racine dans l’implantation urbaine et se développant dans le dessin architectural, elle permet d’accueillir un maximum d’interactions sociales et une flexibilité de l’espace.
« Résumons les caractères principaux d’un rhizome : à la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. [...] Il n’est pas fait d’unités, mais de dimensions, ou plutôt de directions mouvantes. »
Gilles DELEUZE et Félix GUATTARI, RHIZOME introduction.
Edition de minuit 1976.